L’olivier, témoin fidèle des promesses divines (2)

Généreux, plus fort que la mort.... L'olivier illustre le riche nuancier de l'amour : suite de l'article, comme promis !

Les arbres de la Bible
Opus Dei - L’olivier, témoin fidèle des promesses divines (2)

Résumé de l’article précédent : Dans la Bible, l’olivier apparaît comme un arbre au fort symbolisme. Il figure l’alliance de paix et d’amour qui engage Dieu à rechercher le bien de son peuple malgré les révoltes de celui-ci : il lui fait franchir les bornes de la mort pour le garder à lui dans l’au-delà ; déjà, ici-bas, il le soutient dans ses épreuves. Voilà un arbre qui, à travers ses traits caractéristiques, illustre le riche nuancier de l’amour : généreux, plus fort que la mort…

* … toujours il renaît en dépit des adversités… : dans le livre de la Bible qui lui est dédié, le pauvre Job, couvert d’ulcères et excédé de misères, souhaite mourir pour se soustraire à la souffrance de son existence. Il convoite la tombe comme un refuge d’où il pourra resurgir. Il espère dans la mort un sommeil d’où Yahvé saura un jour le tirer: Tout le temps de ma faction, j’attendrai jusqu’à ce que vienne ma relève. Tu m’appelleras, et moi je te répondrai [1]: à travers l’épaisseur de sa déréliction, il sait que Dieu se lèvera le dernier, que son amour aura le dernier mot car il est puissance de vie. Ce n'est pas la finitude humaine qui le révolte ni la perspective de la mort qui le paralyse. Ce qu’il désire, c’est mourir réconcilié. Comme les psalmistes post-exiliens [2], il veut de toutes ses forces exister dans le souvenir de Dieu. Aussi réclame-t-il une ultime rencontre qui manifeste la fidélité de celui-ci à son propos d'amour et, par là même, donne sens à la longue nuit de l’épreuve qu’il lui fait traverser : l'amitié avec le Vivant est déjà une victoire sur la mort.

Et comment exprime-t-il sa confiance en Dieu ? Au moyen d’une image, celle d’un arbre dont la description correspond à l’olivier : Il y a de l’espoir, même pour un arbre. Coupé, il peut reverdir encore [3]. Effectivement, pour peu qu’il ne soit pas déraciné, l’olivier peut être coupé sans que cela n’entraîne sa mort. Si ses racines demeurent intactes, il repoussera avec une vigueur renouvelée.

Même si une aridité prolongée le dessèche en profondeur, sa souche ratatinée pourra néanmoins repartir : Si sa racine vieillit dans la terre et si sa souche meurt dans la poussière, à l’odeur de l’eau, il bourgeonnera, oui il produira une branche comme une plante nouvelle [4].

Tout comme un cultivateur espère voir renaître ses oliviers desséchés, Dieu languit de ressusciter ses serviteurs : il attend avec impatience, lui, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, non le Dieu des morts mais des vivants[5], l’époque où ils seront ramenés à la vie.

* ... et ses rejetons demeurent : Tes fils seront comme des plants d’olivier autour de ta table[6] Que signifie cette comparaison ? Lorsqu’en raison de son âge, le tronc principal d’un olivier ne produit plus autant qu’auparavant, les cultivateurs peuvent laisser plusieurs plants ‒ ces pousses qui sortent continuellement de la base de l’arbre ‒ se développer jusqu’à devenir partie intégrante de l’ensemble.

Au bout d’un certain temps, trois ou quatre nouveaux troncs vigoureux entoureront celui d’origine, comme des fils autour de la table familiale. Cette caractéristique de l’olivier illustre bien la façon dont les enfants peuvent grandir fermes dans la foi, grâce aux robustes racines spirituelles de leurs parents.

* patient : le Talmud cite ce proverbe : « Il est plus aisé de lever une légion d'oliviers en Galilée que d'élever un enfant en Palestine ». Les difficultés de l’éducation et les incertitudes quant à la transmission de la foi donnent une idée de la hauteur du défi à relever. L’olivier est un arbre à croissance lente. Il faut attendre plusieurs années avant de le tailler, puis de le greffer ; au début, l'arrosage est indispensable, ainsi que de fréquents bêchages ; souvent aussi on y met de l'engrais. Ce n'est qu'au bout de quinze à vingt ans qu’il atteint sa pleine valeur. Il peut ensuite durer des siècles, à la condition toutefois d'une culture toujours attentive.

De l’éducation en famille, l’analogie peut s’appliquer au développement des vertus civiques en société : la prudence, la persévérance, les habitudes industrieuses... sont des qualités réclamées, autant par la culture de l’olivier que par le progrès d’une communauté. Dans cette optique, il est ‒ dit-on ‒ l'un des éducateurs de l'humanité sur la voie de la civilisation.

3. L’alliance de paix et d’amour entre Dieu et son peuple l’est aussi pour la victoire : l’Arche, signe visible de la sollicitude de Dieu envers les siens, accompagnait Israël dans son long périple d’approche de la Terre promise. Encore en Transjordanie, avant qu’il n’entre en Palestine, Moïse lui annonce que Dieu va l’amener dans une terre excellente…un pays d’oliviers à huile et de miel… où rien ne lui manquera…, il bénira le Seigneur pour le bon pays qu’il lui a donné, où seront apaisés les tourments de quarante années passées dans le désert, où son opulence égalera celle de l’olivier [7]. Conforté par une telle assurance, comment ne pas aller de l’avant ?

Une fois installées en Terre sainte, les familles israélites avaient souvent des oliviers autour de leur demeure. Et, dans un psaume, le roi David témoigne de son désir d’être proche de Dieu comme un olivier verdoyant dans sa maison [8] : pour lui rendre grâce et répondre à son amour.

À présent, dans l’économie de la nouvelle Alliance, quel peut être le sens de ce symbolisme ? L’olivier ne représente-t-il pas le chrétien fidèle, qui accepte de bon gré d’être corrigé, taillé par les circonstances de la Providence pour porter des fruits de justice et de paix [9], qui fortifie jour après jour ses racines spirituelles afin d’endurer épreuve et persécution [10], dans l’attente, selon sa promesse, de nouveaux cieux et d’une terre nouvelle [11]?

L’olivier, presque indestructible, dont la fécondité demeure d’une année sur l’autre, nous remémore l’engagement de Dieu : Les jours de mon peuple seront comme les jours d’un arbre ; et mes élus profiteront pleinement de l’œuvre de leurs mains [12]. Cette promesse prophétique s’accomplira dans le monde à venir, renouvelé.

Bertrand Cauvin, expert forestier

Abbé Patrick Pégourier



[1] Jb 14, 14-15. C’est « comme pour signifier : le renouveau futur procédera du pouvoir de ton appel ou de ton ordre, selon ce que dit Jean (5, 28) : Tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieu et ceux qui l’entendront vivront » (saint Thomas d’Aquin, Commentaire du livre de Job).

[2] Cf. Ps. 16, 10-11 ; 49, 16 ; 73, 23-26.

[3] 14, 7.

[4] 14, 8-9.

[5] Mt 22, 31-32.

[6] Jb14, 7 et Ps 128, 3.

[7] Dt 8, 7-10 et Os 14, 6. Aujourd’hui encore, du pied du mont Hermon à la campagne de Bersheba en passant par la plaine côtière du Sharon, les pentes rocailleuses de la Samarie et les vallées fertiles de la Galilée, le paysage est parsemé d’oliveraies du nord au sud.

[8] Ps 52, 10.

[9] Cf. He 12, 5-7. 11.

[10] Mt 13, 21.

[11] 2 Pi 3, 13.

[12] Is 65, 22.