Les reliques de saint Josémaria à Notre-Dame de Bonne-Garde

Le 25 juin dernier, Mgr Guillaume Derville présidait une cérémonie d’installation de reliques de saint Josémaria et du bienheureux Alvaro del Portillo.

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Le culte des reliques date, on le sait, de l’Église primitive. Ce n'est donc pas chose nouvelle. La piété populaire manifeste aujourd’hui la foi de toujours. L'installation des reliques du fondateur de l’Opus Dei et de son successeur fut l’occasion de réunir plusieurs centaines de personnes pour prier et découvrir les bienheureux qui avaient passé un mois, en août 1966, à Avrainville.

Un peu d’histoire

La basilique Notre-Dame de Bonne-Garde a une histoire plus que vénérable : à en croire la légende, tout commence à l’époque où des Gaulois trouvent la statue d’une femme et de son enfant dans un chêne ; aussitôt, ils la vénèrent. Quelque temps plus tard, saint Denis et saint Yon traversent la contrée et découvrent le sanctuaire érigé par les Gaulois. Ils voient, dans cette statue, une image de la Sainte Vierge, et un appel à évangéliser les Gaulois qui, de fait, se convertissent.

En 1031 débute la construction de la première église. Au cours de son histoire, elle verra défiler des personnages aussi célèbres que saint Bernard, saint Louis ou Anne de Bretagne.

L’église deviendra également l’un des plus grands reliquaires de France, avec à ce jour plus de 1500 pièces de toutes les époques.

Une nouvelle armoire contient les reliques des saints modernes. C’est là, aux côtés de Jean-Paul II et Edith Stein, que le Père Gatineau, recteur de la basilique, a prévu que l’on mettrait les reliques de saint Josémaria et du bienheureux Alvaro. « C'est un peu un retour, 51 ans après le séjour des deux bienheureux à Avrainville, à quelque 20 km de là » expliquera-t-il.

Le sens des reliques

La première partie de l’installation consista en une conférence à la fois théologique et historique de Mgr Derville sur le sens des reliques et la relation qui exista entre le fondateur de l’Opus Dei et son successeur.

Il rappela ce qu'est une relique, en s’appuyant sur une considération de saint Thomas d’Aquin qui affirme que « celui qui aime quelqu’un vénère également après sa mort ce qui reste de lui –non seulement son corps ou des parties de son corps, mais encore des objets extérieurs, vêtements ou autres choses semblables[1] ». Cette expérience humaine, nous l’avons tous connue avec tel ou tel objet de famille. Thomas ajoute : « Il est clair que nous devons avoir de la vénération pour les saints de Dieu puisqu’ils sont membres du Christ, fils et amis de Dieu et aussi nos intercesseurs. Et c’est pourquoi, en leur mémoire, nous devons dignement vénérer toutes leurs reliques et surtout leurs corps qui furent les temples et les instruments de l’Esprit-Saint qui habitait et agissait en eux, et qui doivent être rendus conformes au corps du Christ par la résurrection glorieuse. Et c’est pourquoi Dieu lui-même glorifie leurs reliques comme il convient en accomplissant des miracles en leur présence[2] ».

Cet attachement à quelque chose de matériel qui nous renvoie à une personne humaine concrète me semble d’un singulier intérêt lorsque l’on pense au message de Josémaria Escriva. En effet, il n’hésita pas à parler de « matérialisme chrétien ». (…)

Le monde virtuel ne nous suffit pas. C’est un leitmotiv dans la prédication du Pape François : nous avons besoin de voir, de toucher. Dans le document programmatique de son pontificat, il écrit : « Beaucoup essaient de fuir les autres pour une vie privée confortable, ou pour le cercle restreint des plus intimes, et renoncent au réalisme de la dimension sociale de l’Évangile. Car, de même que certains voudraient un Christ purement spirituel, sans chair ni croix, de même ils visent des relations interpersonnelles seulement à travers des appareils sophistiqués, des écrans et des systèmes qu’on peut mettre en marche et arrêter sur commande. Pendant ce temps-là l’Évangile nous invite toujours à courir le risque de la rencontre[3] ».

Les reliques et notre mort

Le culte des reliques nous renvoie au passé et il manifeste notre attachement spirituel à la matière, mais il témoigne aussi de l’espérance chrétienne de la résurrection. Oui, les reliques, un mot un peu poussiéreux, pas trop enthousiasmant de prime abord, dans notre société où la mort souvent imperceptible, chassée de la rue, rentre aujourd’hui comme par effraction dans nos vies avec les attentats terroristes et les naufrages des réfugiés. Des reliques qui semblent nous ramener en arrière, avec ces tibias rafistolés, ces doigts de saints et ces squelettes qui jaillissent des tombeaux. Des reliques pourtant dont le culte nous projette dans l’avenir, assoiffés que nous sommes d’éternité, dans le profond désir inscrit dans nos cœurs d’un amour éternel.

Les reliques des saints nous renvoient ainsi de manière paradoxale à notre humanité la plus dépouillée et à la foi la plus haute. Elles évoquent pour nous la mort à laquelle nous sommes inexorablement destinés, mais aussi cette nécessité que nous avons de nous accrocher à quelque chose de matériel, à quelque chose qui entretienne le souvenir.

La dernière partie de la conférence rappela l’influence du « saint de l’ordinaire » que fut Josémaria Escriva sur Alvaro del Portillo, son successeur, suivant les mots de pape François : « il lui apprit à s'éprendre chaque jour davantage du Christ. Oui, tomber amoureux du Christ. Tel est le chemin de sainteté que doit suivre tout chrétien : se laisser aimer par le Seigneur, ouvrir le cœur à son amour et permettre qu'il devienne le guide de notre vie[4] ».

À l’issue de la conférence, après la récitation du chapelet lu avec les textes de saint Josémaria, vint la seconde partie de la soirée : la messe, qui serait suivie par la procession pour placer les reliques.

À la fin de la messe, le Père Gatineau rappela une réflexion de saint Josémaria, qu’il avait lue dans sa jeunesse : mettre de la poésie dans la prose de chaque jour[5], c’est-à-dire mettre l’aventure dans l’apparente banalité du quotidien expliqua-t-il.

Enfin, les reliques furent apportées en procession jusqu’à leur lieu d’installation définitive, pendant que la foule chantait la litanie des saints.



[1] Saint Thomas d’Aquin, STh III, q. 25, a.6, trad. de Jean-Pierre Torrell, O.P., in Encyclopédie Jésus le Christ chez saint Thomas d’Aquin, Cerf, Paris 2008, 342.

[2] Ibidem.

[3] François, Exh. Ap. Evangelii gaudium, 88.

[4] François, Lettre à Mgr Javier Echevarría, Prélat de l’Opus Dei, à l’occasion de la béatification de Alvaro del Portillo, 27 septembre 2014.

[5] Vid. Sillon, n° 500 : C'est justement notre mission que de transformer la prose de cette vie en alexandrins, en un poème héroïque.