L'olivier, Témoin fidèle des promesses divines

L'olivier est riche de signification : nourriture, base de la cuisine, remède, lumière, parfum... témoin de la prière du Christ à la veille de sa Passion. Voici la première partie de l'article consacré à ce nouveau personnage de la série "Les arbres de la Bible".

Les arbres de la Bible
Opus Dei - L'olivier,  Témoin fidèle des promesses divines

Voilà un arbre rustique avec son tronc rugueux, tressé en lianes qui s’élancent en un bouquet de branches aux feuilles sombres et cendrées ; un arbre résistant aux maladies, s’accommodant à la nature du sol, même si celui-ci est pauvre et sec. Il sorti de son aire d'origine, l'Anatolie il y a une dizaine de milliers d’années, pour se répandre dans tout le bassin méditerranéen. Sa silhouette noueuse d’une noble beauté évoque le soleil, la chaleur et le chant des cigales. Son feuillage gris vert persistant, ses fleurs blanches en grappes dressées, au parfum de réséda, le font briller de mille attraits.

Avec le figuier, il figure parmi les premiers arbres évoqués dans la Bible. Il y est cité plus de cinquante fois : c’est dire son importance. Pour le fermier palestinien, il avait une valeur inestimable : ses olives lui procuraient nourriture, base de la cuisine, mais aussi remède, lumière, parfum ! Son bois dur, jaune et veiné de brun violacé, était utilisé dans l'ébénisterie de luxe [1]. Les branches superflues servaient de combustible… Les anciens l'appelaient « le premier des arbres ». À ce titre, il est plusieurs fois mentionné parmi les principales ressources agricoles du pays [2] :

* Isaïe relate comment on gaulait l’olivier pour en récolter les fruits[3]. À la cueillette, les olives ont une saveur âcre et désagréable : elles doivent être adoucies par macération dans la saumure pour être comestibles.

* l’huile d’olive était utilisée pour la table, mais aussi pour protéger la peau du soleil, fabriquer du savon, éclairer l’intérieur des maisons à l’aide de lampes à mèches, et allumer les chandeliers du Temple [4]. On avait coutume d’adoucir avec de l’huile les blessures et les contusions, afin d’accélérer la cicatrisation [5], ou de s’en servir pour le massage des personnes affaiblies [6]. L’huile s’utilisait encore pour les embaumements [7] et, bien sûr, l’onction des prêtres, des prophètes, mais en premier lieu du roi, l’oint de Dieu [8], élu comme son représentant pour diriger le peuple. Le mélange spécifique et élaboré d’huile d’olive et de substances aromatiques dans la confection de l’huile sacrée reflétait la dignité du culte et la transcendance de Dieu qui exige la plus grande perfection morale de ses serviteurs. Christ ou Oint est devenu le nom propre de Jésus [9] parce qu’il accomplit parfaitement la mission divine que ce mot signifie : le Messie devait être oint par l’Esprit du Seigneur, à la fois comme roi et prêtre, mais aussi comme prophète. Et Jésus accomplit l’espérance messianique d’Israël dans sa triple fonction [10].

Dans l’histoire du Salut, l’olivier figure les caractéristiques de l’Alliance entre Dieu et son peuple :

1. C’est une alliance de paix. Fatigué des hommes qui n’avaient de cesse que de se pervertir, Yahvé engage Noé à préparer l'avènement d'un monde nouveau. La colombe qui revient vers l'Arche à la fin du déluge, en ramenant dans son bec un rameau d'olivier,atteste que la réconciliation désormais est accomplie, que l’humanité peut prendre un nouveau départ [11]. En s’unissant à la terre purifiée et asséchée, l’arc en ciel manifeste l’alliance de Dieu, non plus avec la seule famille du patriarche, mais avec toute la Création. D’après les Pères et les écrivains ecclésiastiques, c’est la première annonce de la nouvelle alliance qui sera réalisée par le nouveau Noé, le Fils de Dieu lui-même qu’une nuée, lors de son Ascension, cachera à nos yeux : élevé entre ciel et terre, il est le mémorial vivant de l’amitié retrouvée avec le Père, lui qui dans sa chair a endigué l’hostilité déchaînée par le péché [12] .

2. C’est une alliance d’amour, pas uniquement une alliance juridique, comme l’exprime symbolisme du mariage qui traverse toute la Bible. C’est une manifestation de Dieu dans son intimité : L’Amour va, vient, court, vole ; il est libre et joyeux… son ardeur, par-delà toute borne, emporte sa ferveur ; il ne trouve point d’obstacle insurmontable [13]. Il est conquérant et n’accepte pas de ne pas avoir le dernier mot. L’olivier, à sa façon, illustre ce portrait :

* il est généreux : pour mieux prospérer, il est taillé chaque année et ses fruits sont pressés. « Au temps de Jésus, sur les pentes du Mont des Oliviers, se trouvait une ferme avec un pressoir où les olives étaient pressées… Il a donné le nom de Gethsémani à la ferme » [14] Là, le Messie a été pressé comme les olives… pour en faire sortir « l’huile » de l’Esprit que la liturgie des Heures invoque avec confiance : Esprit de Dieu, très pur Amour, descends dans notre nuit obscure. Le temps nous tient, la chair nous dure, Esprit de feu, très pur Amour !

* il est plus fort que la mort : même lorsqu’on l’abat, sa souche ne tarde pas à produire de nouvelles pousses. Le secret de sa résistance et de sa prolificité réside dans ses longues racines, qui peuvent s’enfoncer sous terre jusqu’à six mètres et rayonner plus loin encore. Elles lui permettent de s’accrocher à des versants rocailleux, de survivre à la sécheresse, de porter des olives des siècles durant, même lorsque son tronc torturé à l’écorce fissurée ne semble plus bon qu’à servir de bois de chauffage. C'est un arbre longévif, fidèle à la vie, tourné vers la lumière. Les exemplaires séculaires que l'on visite aujourd'hui à Gethsémani passent dans les explications des guides pour avoir été contemporains de l'agonie de Jésus-Christ [15]. C’est hautement improbable car, durant le siège de Jérusalem, Titus fit abattre tous les arbres sur un vaste espace autour de la ville. Mais peut-être s’agit-il de rejets de souches qui, elles, datent d’il y a deux mille ans : non pas d’autres sujets, mais elles-mêmes dans une nouvelle durée. Comme le Mont des Oliviers demeure identique à ce qu’il était alors, ceux-ci marquent physiquement ce lieu. Ils y ont vu se dérouler l’histoire. Ils sont nos témoins : en ce temps-là, ils étalèrent leurs rameaux argentés pour couvrir de leur ombre la honte de la trahison perpétrée à leurs pieds dans l’obscurité. Selon l’interprétation théologique qu’apporte implicitement l’évangile de Jean [16], le jardin des oliviers fait autant allusion au jardin de l’Éden qui fut témoin de l’état de justice originelle de nos premiers parents et de leur péché, qu’au jardin du sépulcre où Jésus fut enseveli. Ce lieu-clé de l’histoire du Salut fut le spectateur du baiser de Judas, mais aussi de la résurrection du Sauveur. « Dans le jardin, en effet, il a accepté jusqu’au bout la volonté du Père, il l’a faite sienne et ainsi, il a renversé l’histoire » [17].

(À suivre)

Bertrand Cauvin, expert forestier

Abbé Patrick Pégourier



[1] Les anciens savaient greffer les variétés les plus productrices, mais l'olivier sauvage était exclusivement réservé à la construction et à la menuiserie fine. Pour le Temple, Salomon fit réaliser en bois d’olivier sauvage les deux chérubins, les deux battants de la porte du Sanctuaire, ainsi que les poteaux de celle-ci (1R 6, 23.31.33).

[2] Am 4:9, Ha 3:17, Ag 2:19, Si 24:14.

[3] 17,6.

[4] Ex 27, 20-21 ; Lv 24, 2.

[5] Is, 6. Au temps de Jésus, dans la parabole, le bon Samaritain verse de l’huile et du vin sur les blessures de l’infortuné trouvé sur la route de Jéricho Lc 10, 34.

[6] Cf. Dt 28,40.

[7] Cf. Rt 3, 3 ; 2 S 12, 20 ; Mt 6, 17.

[8] Cf. Ex 30, 22-3 ; Cf. 1 R 19, 16. Pour le roi : 1 S 24, 7 ; 26, 9.23 ; 2 S 23, 1. Saül fut le 1er roi oint par mandat divin (1 S 9, 15-16),mais c’est surtout, à partir de David, que le roi d’Israël est figure de Jésus.

[9] Cf. discours à la synagogue de Nazareth : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction : Is 61, 1-2 ; Lc 4, 18.

[10] Cf. CEC 436.

[11] Dans son ouvrage La doctrine chrétienne, saint Augustinécrit que « la paix est indiquée par la branche d'olivier que la colombe apporte quand elle retourne à l'Arche ». Au fil des siècles, la branche d’olivier s’est affirmée en tant que symbole de paix et de coopération entre les humains : en 1947, l’ONU a adopté comme emblème la carte du monde entourée de deux rameaux croisés d’olivier symbolisant la paix. ; la colombe tenant un rameau d’olivier a été rendue célèbre en tant que symbole de paix au xxe siècle , par la Colombe de la paixdessinée par Picasso en 1949.

[12] Cf. Gn 8,10-13 et 9, 9-16 ; Rupert de Deutz, Commentaire de la Genèse 4, 36.

[13] Imitation de Jésus-Christ.

[14] Gehrard Kroll cité par Benoit XVI dans Jésus de Nazareth II, chap. 6.

[15] Mt 26, 30-36sv.

[16] Cf. 18, 1. 26 ; 19, 41.

[17] Benoît XVI, Jésus de Nazareth II, chap. 6, 1.