Alvaro Del Portillo, « Petite vie » du bienheureux

Premier successeur de saint Josémaria Escriva à la tête de l’Opus Dei, béatifié en septembre 2014 à Madrid : le bienheureux Alvaro Del Portillo est aujourd’hui vénéré à travers le monde pour le témoignage de foi de sa vie personnelle. François Gondrand, qui a eu la chance de le côtoyer, a publié fin 2016 une « Petite vie » du bienheureux au éditions Artège. Interview de l’auteur.

Témoignages
Opus Dei - Alvaro Del Portillo, « Petite vie » du bienheureux
  • On se souvient de votre biographie de Saint Josémaria, Au pas de Dieu. Pourquoi avoir décidé de consacrer un nouvel opus à son premier successeur

Une grande biographie d’Alvaro del Portillo, de 592 pages, a été publiée en français par l'abbé Javier Medina. Elle est très complète et bien documentée. C‘est, et ce sera longtemps, un ouvrage de référence. Artège m’a proposé de faire figurer le bienheureux dans la collection « Petite vie », où ont été éditées de courtes biographies de maîtres spirituels tels que Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, François de Sales, et bien d’autres, jusqu’à l’époque contemporaine. J’ai pensé que le successeur de saint Josémaria Escriva, fondateur de l’Opus Dei, quoique moins connu que lui, avait sa place dans cette collection, en raison du rôle qu’il a joué à Vatican II, mais aussi et surtout parce qu’il a contribué à diffuser et à faire vivre le message de l’appel de tous à la sainteté – celui de saint Josémaria— d’abord à ses côtés, puis au cours des vingt années où il a été à la tête de la Prélature.

  • Pour ceux qui ne le connaitraient pas encore, pourriez-vous présenter en quelques mots le bienheureux Alvaro Del Portillo ?

C’était un homme extrêmement intelligent, qui a accumulé les diplômes d’ingénieur, de théologien et de canoniste, auxquels il a ajouté un doctorat ès Lettres. Il a rencontré le fondateur de l’Opus Dei en juillet 1935, alors qu’il venait d’avoir 21 ans, et il a aussitôt répondu à son appel à s’engager à ses côtés, pour vivre et diffuser l’appel à la sainteté dans la vie ordinaire. Dès lors il ne l’a plus quitté, sinon pour de brèves périodes. Par exemple pendant la guerre d’Espagne, où ils se sont séparés à Madrid, puis retrouvés, puis de nouveau séparés, avant de se retrouver à Burgos, dans la zone nationale. À partir de 1939, c’est-à-dire de la fin de la guerre, il a été son principal collaborateur, puis son successeur à la tête de l’Opus Dei après sa mort, en 1975. Il l’a secondé et soutenu très activement dans des moments délicats, où se jouait l’avenir de la fondation d’Escriva, ou dans la construction du siège central de l’Œuvre, à Rome. On peut dire que, dans ce dernier projet, il a été héroïque, compte tenu de son état de santé. Durant son mandat de vingt ans, il a obtenu du Saint-Siège un statut de prélature personnelle pour l’Opus Dei et secondé Jean-Paul II dans l’élan de la nouvelle évangélisation.

  • Le jour de sa mort, Jean-Paul II est venu prier devant son corps. Quelle relation entretenaient les deux hommes ?

Alvaro del Portillo a rencontré le pape Jean-Paul II à plusieurs reprises, alors qu’il était à la tête de l’Opus Dei. Il eut ensuite le privilège d’être reçu en audience régulièrement, ou d’être invité à des réunions de travail ou à des déjeuners. Le pape appréciait ses qualités intellectuelles, son bon sens, sa solidité doctrinale, et sa connaissance de la Curie romaine, et il attachait du prix à ses avis. Il savait aussi que don Alvaro entretenait chez ses enfants spirituels et chez ses interlocuteurs, qui pouvaient être nombreux, l’amour du pape et la fidélité au magistère de l’Église. Une réelle amitié s’est tissée entre eux, ce qui explique que Jean-Paul II soit venu prier devant son corps dès qu’il a appris son décès. « Il le fallait », a-t-il confié à mgr Echevarria, vicaire général de la Prélature, qui le remerciait de ce geste touchant.

  • On évoque souvent sa participation active aux travaux de Vatican II. Quelle est sa principale contribution aux débats doctrinaux de son époque ?

En tant qu’expert et président de commission lors de la préparation du Concile, puis, pendant le Concile, toujours en tant qu’expert, et secrétaire de la commission qui préparait un texte sur les prêtres (Presbyterorum ordinis), il a veillé à ce que les documents soumis au vote des pères conciliaires expriment à la fois l’ouverture qui était le programme du Concile, et l’homogénéité avec le magistère précédent. En particulier, il a tenu à ce que soient valorisés l’appel de tous les fidèles à la sainteté – l’axe de Vatican II, a dit Paul VI –, le rôle éminent des laïcs dans l’Évangélisation, la formation et la vie spirituelle des prêtres et des laïcs. Si l’on relit les textes du Concile, on y retrouve ces appels, formalisés de façon solennelle. Or ce sont ceux sur lesquels insistait le plus le fondateur de l’Opus Dei, et qui faisaient partie de la formation qu’avait reçue Alvaro depuis 1935.

  • À titre personnel, si vous ne deviez retenir qu’un enseignement du bienheureux, quel serait-il ?

La fidélité. Il a été un exemple remarquable de fidélité au fondateur de l’Opus Dei, et de fidélité à l’enseignement de l’Église. Les membres de l’Œuvre lui doivent beaucoup, en raison de la manière dont il a su leur transmettre, par ses écrits, par ses décisions de gouvernement et aussi par son exemple, l’esprit du fondateur. Ils sont également conscients de la relation très particulière —unique, en fait– qu’il entretenait avec Josémaria Escriva, dont il recevait l’enseignement, mais qu’il aidait aussi de toutes ses forces dans sa lutte pour la sainteté. L’Église lui doit aussi beaucoup, on l’a vu, et il n’est pas étonnant que le pape François l’ait inscrit au nombre des bienheureux.